Manger moins pour vivre plus longtemps : mode d’emploi

La restriction calorique est le seul moyen connu d’augmenter l’espérance de vie dans des dizaines d’espèces animales.
Aux Etats-Unis, elle est pratiquée par un nombre croissant d’adeptes et même de spécialistes du vieillissement dans le but d’allonger leur longévité. Voici comment ils procèdent.
La Calorie Restriction Society (CRS) est une association américaine dont les membres suivent un régime alimentaire plus pauvre en calories que le régime que l’on suivrait spontanément dans l’espoir de vivre plus longtemps. Par exemple, la consommation de calories des membres de la CRS est en moyenne de l’ordre de 1800 kcal par jour, soit environ 30% de moins que ce qu’un adulte consomme dans les pays développés. La restriction calorique est en effet le seul moyen connu pour augmenter l’espérance de vie chez l’animal et probablement le primate.
Comment suivre un tel régime ? D’abord, il ne doit pas être pratiqué avant l’âge de 21 ou 22 ans, ni chez les femmes envisageant une grossesse, ni chezles personnes envisageant une opération chirurgicale (ralentissement de la cicatrisation). Ensuite, il ne suffit pas de « manger moins », car on s’expose alors à un risque de malnutrition. La CRS propose des conseils à ceux qui veulent pratiquer la restriction calorique anti-âge. En voici un résumé :

Les changements alimentaires

 

Manger plus d’aliments dont la densité calorique est faible

 

La densité calorique est le rapport entre le nombre de calories d’un aliment et son poids (rapporté à 100 g). La CRS conseille de remplacer les aliments dont la densité énergétique est élevé par ceux dont la densité est faible ou modérée :
-  Eviter les sucres simples et les céréales raffinées qui ont en général un index glycémique élevé ;
-  Manger plus de légumes à feuilles et de légumes tout court pour augmenter l’apport en vitamines, minéraux et autres nutriments essentiels ou non essentiels ;
-  S’assurer d’un apport en protéines suffisant mais sans excès, soit 0,6 à 0,8 grammes de protéines par kilo de poids de corps ;
-  Faire en sorte que les protéines soient équilibrées en acides aminésessentiels. La plupart des protéines d’origine animale sont bien équilibrées, mais l’excès de protéines animales est déconseillé, car il est associé à des problèmes de santé dans les études épidémiologiques.
La plupart des pratiquants de la restriction calorique prennent un complément de vitamines et minéraux équilibré pour compenser les éventuels déficits créés par une alimentation plus pauvre en calories, comme c’est le cas d’ailleurs dans les laboratoires (les animaux sont supplémentés en vitamines et minéraux).
 
Une fois que vous avez opéré les changements nécessaires dans votre alimentation, vous pourrez commencer à réduire progressivement les portions mais pas avant. La CRS conseille de perdre du poids très lentement, et ce pour deux raisons principales :
 
-  Les pesticides et autres toxines corporelles sont solubles dans les graisses. Le corps stocke ces substances toxiques. Si l’on perd du poids trop rapidement, ces toxines sont déversées dans le sang et les mécanismes de défense sont débordés. Il y a alors un risque réel d’altération de la santé.
-  Dans les expériences, la restriction calorique augmente l’espérance de vie. Mais les animaux adultes placés brutalement en restriction calorique voient leur espérance de vie diminuée. Ce n’est pas le cas lorsque la restriction intervient progressivement. Le Dr Walford estime que la restriction doit s’installer progressivement dans une période de 6 à 9 mois, mais la CRS conseille une période de transition allant de 1 à 2 ans.

Les mesures et des analyses de sang à faire

 

Avant de se lancer dans la restriction calorique, il est vivement conseillé de consulter un médecin et faire établir un bilan complet.
 
Ce qui peut être fait chez soi (fréquemment)
- poids (chaque jour, même heure)
- température corporelle (avec le même thermomètre)
- pouls au repos (pris au même moment chaque jour et dans les mêmes conditions)
- pression artérielle (appareil vendu en pharmacie)
 
Ce qui doit être fait au laboratoire (tous les 6 mois aumoins)
- numération formule sanguine
- glycémie
- sodium, potassium, calcium, chlore, dioxyde de carbone, créatinine, urée, albumine
- fonction hépatique : Phosphatase Alcaline, GGT, AST, ALT, bilirubine
- triglycérides, cholestérol total, HDL et LDL
- insuline
-  cortisol
-  SDHEA
-  Testostérone totale et libre
-  fonction thyroïdienne : T4, T3, RT3, TSH
-  hémoglobine glyquée
-  CRP
 
Autres tests utiles (tous les six mois au moins)
-  Graisse corporelle
-  VO2 Max
-  Test de tolérance au glucose
-   Métabolisme de base
 

Ce que vous allez constater

 

Au fil des mois et des années, votre indice de masse corporelle va diminuer pour s’établir entre 18 et 20. Le pourcentage de graisses corporelles va s’abaisser, ainsi que la pression artérielle, les lipides sanguins, le sucre sanguin à jeun, les marqueurs de l’inflammation, les facteurs de croissance, le taux d’hormone thyroïdienne T3, le pouls au repos, la température. La sensibilité à l’insuline va augmenter. La fonction diastolique ventriculaire gauche qui rend compte de l’élasticité artérielle va rejoindre celle constatée chez des personnes âgées de 15 ans de moins en moyenne.

 

Les précautions à prendre

 

Les risques potentiels de la restriction calorique

 

-  Faim : la faim accompagne souvent les adeptes de la restriction calorique, avec l’envie de se jeter sur certains aliments ce qui peut rendre l’expérience impossible ;
-  Apparence physique : la restriction calorique fait maigrir ce qui se traduit par des changements physiques qui peuvent être perçus négativement par l’entourage ;
-  Sensibilité au froid : elle est augmentée du fait de la baisse de la température corporelle et du niveau des graisses corporelles ;
-  Diminution de la force et des réserves énergétiques : cette diminution peut se faire sentir lors d’une randonnée ou d’autres occasions qui font appel à la dépense physique ;
-  Régles irrégulières chez les femmes ;
-  Baisse de la testostérone pouvant interférer avec la libido ou l’activité sexuelle ;
-  Ralentissement de la cicatrisation pouvant poser un problème lors d’un accident ;
-  Baisse de la densité osseuse pouvant théoriquement exposer à un risque accru de fracture.
 

Les risques psychologiques

 

La restriction calorique peut attirer des personnes recherchant des comportements extrêmes, pouvant conduire à l’anorexie ou la boulimie.  Il faut se rappeler que la restriction calorique n’est pas un but, mais un moyen. Poussée à l’extrême, la restriction calorique non équilibrée peut conduire une personne à mettre sa vie en danger, alors que l’objectif initial est exactement inverse.
 

La vie en société

 

Manger est un phénomène social. La restriction calorique peut interférer avec la vie familiale, et la vie en société, isolant l’individu qui la pratique.

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